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Auteur(e)s oublié(e)s en littérature de jeunesse (Cahiers Robinson)

Auteur(e)s oublié(e)s en littérature de jeunesse (Cahiers Robinson)

Publié le par Marc Escola (Source : Danièle Henky)

Auteur(e)s oublié(e)s en littérature de jeunesse

Numéro des Cahiers Robinson coordonné par Danièle Henky

Qui étaient Lily Jean-Javal, André Hellé, Saint-Marcoux ou Claude Campagne ? Pourquoi lit-on toujours les romans de Jules Verne et non ceux de ses contemporains Edmond About ou Paul Féval ? Comment se fait-il que les Malheurs de Sophie et les Petites filles modèles de la Comtesse de Ségur sont régulièrement réédités et « relookés » pour le plus grand plaisir des jeunes lecteurs alors que La Journée de Mademoiselle Lili qu’Hetzel fit paraître en octobre 1862 donnant naissance, suite à son grand succès, à une collection d’albums pour enfants, a disparu des rayons des librairies ?  

L’oubli menace tout écrivain car le succès est capricieux en littérature. Il est difficile de le prévoir, même de nos jours malgré de solides études de marché. C’est particulièrement vérifiable dans le domaine de la littérature pour la jeunesse. Certains livres connaissent ainsi le succès à leur parution comme Harry Potter, par exemple. Leurs auteurs sont cités à tout moment. Ils finissent parfois, cependant, par disparaître et n’existent plus que dans les manuels d’histoire littéraire. Inversement, des livres, longtemps inconnus, connaissent la gloire posthume, car l’oubli, en littérature, n’est jamais définitif. Régulièrement, des noms d’écrivains reviennent dans l’actualité pour quelque temps, avant de sombrer à nouveau. Si tout le monde sait qui est Superman, le héros créé par Joe Schuster et Jerry Siegel, il a fallu qu’une série télévisée remette au goût du jour dans les années 1980, son presque contemporain, Buck Rodgers, sorti de l’imagination de Philip Francis Nowlan, pour qu’on se souvienne de lui avant de l’ignorer de nouveau.

Éric Dussert dans son ouvrage Une forêt cachée. 156 portraits d’écrivains oubliés, considère comme oubliés « les écrivains non réédités depuis plus de cinquante ans dont un texte au moins mérite qu’un lecteur d’aujourd’hui s’emballe[1] ». Un principe de ce genre est adopté également par les directeurs de l’ouvrage collectif Romans exhumés (1910-1960), Bruno Curatolo, François Ouellet et Paul Renard, qui déclarent avoir privilégié « des romanciers de la période 1910-1960 qui n’ont pas fait l’objet de rééditions ou sinon très modestement (un ou deux titres) et ce, quel que soit le succès rencontré de leur vivant[2] ».

Mais l’oubli ne se mesure pas seulement à l’aune des rééditions. Il peut dériver aussi d’une dépréciation qui implique l’exclusion du canon ou la marginalisation vis à vis du champ littéraire. En ce qui concerne la littérature destinée à la jeunesse, les différents pôles de la réception doivent également être pris en compte et analysés. Un écrivain peut être réédité et pourtant ne plus correspondre aux critères courants de valeur esthétique intériorisés par les historiens et les critiques. À l’inverse, il peut disposer d’un certain nombre de citations dans un précis ou un dictionnaire d’histoire littéraire, et ne plus être lu ni considéré comme répondant aux exigences du public des lecteurs communs. En littérature pour la jeunesse, un canon plus ou moins subjacent se fait toujours percevoir, celui de la pédagogie auquel il faut associer celui du plaisir beaucoup plus difficile à cerner et tributaire d’un grand nombre de critères.

Les raisons de l’intérêt manifesté ou non à l’œuvre d’un auteur peuvent se révéler quelque peu hétérogènes. Loin de découler forcément de la seule qualité esthétique, ils relèvent parfois de la portée symptomatique d’un écrivain par rapport à l’esprit du temps, à la société littéraire, à la société tout court et à d’autres facteurs. De la même façon, l’oubli, non forcément injuste, peut avoir de multiples causes. Il pourrait être lié à la durée de vie des écrivains. Certains sont morts avant l’âge de cinquante ans et l’on peut penser qu’ils n’ont pas eu le temps d’asseoir leur réputation. Il y a cependant des exceptions qui donnent à réfléchir. Alain-Fournier, fauché par la guerre de 14-18, a donné le Grand Meaulnes, un chef d’œuvre jamais oublié jusqu’alors. L’évolution de la société peut conduire aussi à promouvoir des goûts différents et à  faire sombrer dans l’oubli des auteurs qui avaient connu le succès dans le passé. Le petit Prince de Saint-Exupéry ou Les Aventures de Babar de Jean de Brunhoff en constituent à notre époque de fameux contre-exemples.

Il arrive aussi que l’oubli soit provisoire : on l’appelle alors le purgatoire. Il a concerné les plus grands écrivains et correspond à cette durée qui s’étend de la mort physique de l’auteur à sa résurrection éditoriale. Le film, le film d’animation ou les jeux vidéo permettent des résurrections étonnantes. Ainsi La Petite Princesse, un roman pour la jeunesse écrit par Frances Hodgson Burnett et publié aux États-Unis en 1905, fut une première fois tiré de l’oubli grâce à l’interprétation touchante de la jeune Shirley Temple dans le film The Little Princess, une comédie dramatique américaine réalisée par Walter Lang en 1939. Dès ce moment, il connut de nombreuses adaptations télévisées dans les années 1980 avant de devenir, au Japon, un titre à succès grâce à Sōkō no Sutorein, une série télévisée d’animation dont presque tous les personnages sont fondés sur ceux des diverses œuvres de Frances Hodgson Burnett (La Petite Princesse, Le Jardin secret, Le Petit Lord Fauntleroy) replacées dans un monde futuriste.

Pourquoi certain(e)s auteur(e)s de littérature de jeunesse ont-ils été lus, ont-ils connu le succès à leur époque puis ont-ils été oubliés alors que leurs contemporains sont toujours d’actualité ? La question nous invite à dégager les critères de succès liés à une époque, aux modes, aux mœurs, à une conception de l’éducation ou des loisirs…

Quel (le) écrivain (e) oublié (e) mériterait-il aujourd’hui d’être tiré de son purgatoire et pourquoi ?

Inversement peut-on comprendre que certaines œuvres ne soient plus éditées de nos jours alors qu’elles avaient connu un grand succès à leur époque ?

D’autres auteur(e)s négligé(e)s de nos jours, comme René Guillot qui a reçu le prix Hans Christian Andersen, la plus haute distinction internationale de littérature pour la jeunesse, en 1964 devenant le premier auteur français distingué par ce prix, ne méritent-ils pas, parce qu’ils appartiennent au patrimoine français, qu’on s’interroge sur les causes de leur disparition ?

Qu’est-ce, en littérature de jeunesse, qu’un(e) auteur(e)  à succès et comment prédire sa longévité ?

Pour contribuer à ce numéro, à paraître en octobre 2025, merci d’envoyer votre proposition (2000 à 2500 signes espaces compris) à :

Danièle Henky (daniele.henky@wanadoo.fr">daniele.henky@wanadoo.fr) avant le 31 mars 2024.

Notes

1.      É. Dussert, Une forêt cachée. 156 portraits d’écrivains oubliés, précédé d’Une autre histoire littéraire, Paris, La Table Ronde, 2013, p. 17.

2.      Br. Curatolo, Fr. Ouellet, P. Renard (dir.), Romans exhumés (1910-1960). Contribution à l’histoire littéraire du vingtième siècle, Dijon, Éditions Universitaires de Dijon, « Écritures », 2014, p. 7.

Quelques indications bibliographiques

Schlanger, J., La mémoire des œuvres, Paris, Nathan, « Le texte à l'œuvre », 1992. 

Moretti, F., « The Slaughterhouse of Literature, Modern Language Quarterly », Duke University Press, Volume 61, n°1, Mars 2000, pp. 207-227.

Nières-Chevrel, I., Perrot, J. (dir.), Dictionnaire du livre de jeunesse : la littérature d'enfance et de jeunesse en France, Paris, Ed. du Cercle de la Librairie, 2013.

Dussert, É., Une forêt cachée. 156 portraits d’écrivains oubliés, précédé de : Une autre histoire littéraire, Paris, La Table Ronde, 2013.

Curatolo, B., Ouellet, F., Renard, P. (dir.), Romans exhumés (1910-1960). Contribution à l’histoire littéraire du vingtième siècle, Dijon, Éditions Universitaires de Dijon, « Écritures », 2014.

Houssais, Y., Marchal-Ninosque, F., Poirier, J. (dir.), Atlantides Littéraires – Les écrivains oubliés, « Annales littéraires », 2016, Centre Jacques-Petit.

Les Ensablés (blog), Lectures en stock : survivre en littérature, éditeur scientifique : Hervé Bel, Éditions de la Thébaïde, 2018.