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Mobilité et émotions au Moyen Âge (Bucarest)

Mobilité et émotions au Moyen Âge (Bucarest)

Publié le par Faculté des lettres - Université de Lausanne (Source : Luminița Diaconu)

Appel à communications

Colloque international

Mobilité et émotions au Moyen Âge / Mobility and Emotions in the Middle Ages

25-26 octobre 2024, Université de Bucarest, Roumanie

L’existence des hommes qui ont vécu à l’époque médiévale fut longtemps placée sous le signe de l’immobilité, car l’image que l’on avait du Moyen Âge faisait penser surtout à « un temps de stagnation entre l’Antiquité et ses arpenteurs du monde, mythiques comme Ulysse ou réels comme les Phéniciens, et la Renaissance avec les grandes découvertes[1] ». Pourtant, à prendre en compte les déplacements des croisés, des pèlerins, des marchands, des clercs, des moines, des jongleurs, des messagers, cette image est bien inexacte, et l’historien Georges Duby a insisté, dès 1976, sur « l’extrême mobilité des hommes » dans l’Occident médiéval, tout particulièrement des élites aristocratiques et ecclésiastiques : « Les rois, les princes, les seigneurs, les évêques, et la suite nombreuse qui toujours leur faisait cortège, ne cessaient de voyager, passaient au cours de l’année de l’un à l’autre de leurs domaines pour en consommer sur place les produits, tenaient ici leur cour, partaient aussitôt visiter tel sanctuaire ou conduire une expédition militaire[2] ». Par ailleurs, les progrès de l’enseignement monastique aux XIe-XIIe siècles doivent être mis en relation avec « la renaissance des échanges, les progrès de la circulation, la mobilité croissante des biens et des hommes[3] ».

Mais, puisque toute traversée de l’espace suppose des changements de « l’état intérieur de l’homme[4] », nous avons choisi d’articuler la thématique du déplacement, illustré par le voyage, l’exil, la quête ou l’errance ˗ réels ou imaginaires ˗ , avec celle des émotions[5], qui étaient « partout » au Moyen Âge, « dans le secret des cœurs », de même que « dans les églises, les palais, les masures, sur les places des marchés et les champs de bataille[6] ». Une pareille perspective nous permettra de revenir sur le paradigme de l’affectivité, fort prisé les dix dernières années dans le champ des sciences humaines, et surtout de l’enrichir d’expressions peu explorées jusqu’à présent. Nous chercherons donc à interroger la mobilité médiévale à travers les émotions éprouvées par ceux qui, se séparant de leurs familles ou de leurs communautés, bref de leur milieu habituel, arpentent un espace autre, se heurtent aux difficultés de la route, à des périls inattendus, dont les intempéries, les attaques des brigands, les maladies ou le manque de vivres, et découvrent l’altérité relative ou radicale sous les traits de contrées peu connues, méconnues, sinon carrément inconnues, de même que par le biais de langues et cultures différentes.

Afin de saisir le registre affectif (émotionnel) qui accompagne la mobilité spatiale, on pourra se rapporter aux témoignages relatant des déplacements réels tels les relations de pèlerinage, mais aussi aux récits focalisés sur des déplacements fictionnels / imaginaires, d’autant plus que, avant le temps des explorateurs, témoigner d’expériences réelles de voyage reste surtout l’apanage des représentants de l’Église, d’où un intérêt incontestable à éveiller certaines émotions en lien avec leur mission au sein de la société. Enfin, nous ne saurions ignorer non plus les textes qui privilégient les « voyages spirituels », dont les incursions de l’âme dans l’au-delà ou la quête de Dieu, à laquelle s’adonne sans cesse l’esprit en milieu monastique, sinon à l’écart du monde, puisque ces formes intériorisées du déplacement spatial sont indissociables du paradigme émotionnel.

Les propositions de communications pourront s’inscrire dans les axes mentionnés ci-dessus (liste non-exhaustive), l’objectif du colloque étant de faciliter des échanges entre spécialistes issus de différentes disciplines universitaires : 

-          émotions liées aux projets de voyage ;

-          émotions liées au départ ou au retour ;

-          émotions de la séparation ; émotions des retrouvailles ;

-          émotions liées aux étapes du déplacement ; émotions et frontières géographiques, culturelles ou politiques ;

-          émotions liées aux difficultés de la route ;

-          émotions face à l’altérité ; émotions face à l’inconnu ; émotions de la découverte ;

-          émotions des pèlerins ; émotions des croisés ; émotions des messagers et des ambassadeurs ;

-          émotions liées à l’exil ;

-          émotions éprouvées lors des invasions ou des combats ;

-          émotions et déplacements imaginaires ;

-          émotions et voyages spirituels ou oniriques ;

-          émotions et itinéraires de l’âme vers Dieu ;

-          mobilité, échanges épistolaires et émotions ;

 -         mobilité, émotions et iconographie.

Soumission des propositions :

Les propositions de communication de 300 mots maximum, accompagnées de 5 mots-clés, d’un titre et d’une courte présentation biobliographique (avec rattachement institutionnel et coordonnées), sont à envoyer à :

luminita.diaconu@lls.unibuc.ro

corina.anton@lls.unibuc.ro

Date limite d’envoi des propositions : le 1er juillet 2024.

Notification aux auteurs :

Une réponse sera adressée aux contributeurs au plus tard le 1er août 2024. Pour les collègues qui ont besoin de plus de temps pour obtenir un financement, des réponses plus rapides sont également possibles, après évaluation par le comité scientifique, si la proposition de communication est soumise avant la date-butoir.

Durée prévue des communications : 20 minutes (suivies par 10 minutes de débat/ questions).

Langues de communication : français, anglais, espagnol, italien.

Lieu de la manifestation : 

Les travaux se dérouleront dans les locaux de l’Université de Bucarest. Le colloque aura lieu en format hybride. Les frais de voyage et de logement seront à la charge des participants. Les communications retenues feront l’objet d’une publication en volume aux éditions de l’Université de Bucarest (Editura Universităţii din Bucureşti - Bucharest University Press), classe A pour la Philologie, après l’évaluation des textes définitifs par le comité scientifique.

Frais de participation :

Enseignants-chercheurs : 60 euros (participation en présentiel) / 35 euros (participation en ligne).

Doctorants, étudiants en master : 30 euros (participation en présentiel) / 25 euros (participation en ligne).

Comité scientifique :

Corina Anton (Université de Bucarest)

Christian Brouwer (Université Libre de Bruxelles)

Mianda Cioba (Université de Bucarest)

Sébastien Douchet (Université d’Aix-Marseille)

Luminița Diaconu (Université de Bucarest)

Ecaterina Lung (Université de Bucarest)

Lorenzo Mainini (Universita Sapienza, Roma)

Mihaela Voicu (Université de Bucarest)

Barbara Wahlen (Université de Lausanne)

Organisateurs :

Le colloque est organisé dans le cadre de l’alliance universitaire CIVIS par le Centre d’Études Médiévales de l’Université de Bucarest en partenariat avec l’Université d’Aix-Marseille, l’Université Libre de Bruxelles et l’Université de Lausanne.

Comité d’organisation : Luminița Diaconu (Université de Bucarest), Ecaterina Lung (Université de Bucarest), Corina Anton (Université de Bucarest), Andra Jugănaru (Université de Bucarest), Andrei Mirea (Institut d’Histoire „Nicolae Iorga” de l’Académie Roumaine).

Pour plus de détails, voir :  http://csm.hypotheses.org

  
[1] Jean Verdon, Voyager au Moyen Âge, Paris, Perrin, 1998, p. 15.
[2] Georges Duby, Le Temps des cathédrales, l’art et la société, 980-1420, Paris, Gallimard, 1976, p. 17.
[3] Ibid., p. 138.
[4] Voir à ce sujet Aaron Gourevitch, Les Catégories de la culture médiévale, Paris, Gallimard, 1983 [Ière éd. 1972], p. 79.
[5] En ce qui concerne la riche bibliographie consacrée aux émotions, on pourra consulter entre autres : Damien Boquet, Piroska Nagy, Lidia Zanetti Domingues (dir.), Histoire des émotions collectives. Épistémologie, émergences, expériences, Paris, Classiques Garnier, 2022 ; Katie Barclay, « Introduction » à Emotions : History, Culture, Society, Vol. 1, No. 2, 2017, p. 1-9 ; Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine, Georges Vigarello (dir.), Histoire des émotions, tome I. De l’Antiquité aux Lumières, Seuil, 2016 ; Damien Boquet, Piroska Nagy, Sensible Moyen Âge. Une histoire des émotions dans l’Occident médiéval, Paris, Seuil, 2015 ; Barbara Rosenwein, Generations of Feeling : A History of Emotions, 600–1700, Cambridge, Cambridge University Press, 2015 ; Christian Høgel, Elisabetta Bartoli (eds.), Medieval Letters: Between Fiction and Document, Utrecht Studies in Medieval Literacy 33. Turnhout, Brepols, 2015 ; Damien Boquet, Piroska Nagy (dir.), Le sujet des émotions au Moyen Âge, Paris, Beauchesne, 2009 ; Simo Knuuttila, Emotions in Ancient and Medieval Philosophy, Oxford, Clarendon Press, 2004.
[6] Damien Boquet, Piroska Nagy, « Introduction » à Sensible Moyen Âge. Une histoire des émotions dans l’Occident médiéval, op. cit., p. 9.

English version

Call for Papers

International Conference

Mobility and Emotions in the Middle Ages

25-26 October 2024, University of Bucharest

 

For a long time, due the image of the Middle Ages as “un temps de stagnation entre l’Antiquité et ses arpenteurs du monde, mythiques comme Ulysse ou réels comme les Phéniciens, et la Renaissance avec les grandes découvertes[1]”, the existence of the medieval man was placed under the sign of immobility. However, should one consider the voyages of crusaders, pilgrims, merchants, clerics, monks, jugglers, and messengers, such an image is highly inaccurate. The historian Georges Duby insisted, as early as 1976, on the “extrême mobilité des hommes” in the medieval West, particularly on the mobility of the aristocratic and ecclesiastical elites: “Les rois, les princes, les seigneurs, les évêques, et la suite nombreuse qui toujours leur faisait cortège, ne cessaient de voyager, passaient au cours de l’année de l’un à l’autre de leurs domaines pour en consommer sur place les produits, tenaient ici leur cour, partaient aussitôt visiter tel sanctuaire ou conduire une expédition militaire[2]”. Furthermore, the progress of monastic education in the 11th and 12th centuries are to be linked to “la renaissance des échanges, les progrès de la circulation, la mobilité croissante des biens et des hommes[3]”.

Given that any voyage presupposes changes of “l’état intérieur de l’homme[4]”, the conference intends to bring together mobility, illustrated by travel, exile, quest, and wandering (be they real or imaginary), and emotions[5], which were everywhere in the Middle Ages, “dans le secret des cœurs” just like “dans les églises, les palais, les masures, sur les places des marchés et les champs de bataille[6]”. Such a perspective enables scholars to return to the paradigm of affectivity, which has been very popular over the last ten years in the field of human sciences, and to enrich it with directions which have been little explored until now. Scholars are therefore invited to study medieval mobility through the emotions experienced by those who, separating from their families or their communities, as well as from their usual environment, explore another space, encounter the difficulties of the road and unexpected perils, including bad weather, attacks by bandits, illnesses or lack of food, and discover relative or radical otherness in little known or unknown regions, by encountering different languages and cultures.

In order to grasp the affective (emotional) register which accompanies spatial mobility, one can refer to real voyages such as pilgrimages, but also to texts focused on fictional / imaginary voyages. One must consider that, before the time of explorers, witnessing real travel experiences was primarily the prerogative of the representatives of the Church, hence an undeniable interest in awakening certain emotions linked to their mission within society. Finally, one can focus on texts which favor the “voyages spirituels”, including the soul’s progress in the afterlife or the quest for God, to which the spirit constantly devotes itself in a monastic environment or far away from the world. Such internalized forms of spatial movement are inseparable from the emotional paradigm.

The aim of the conference is to facilitate exchanges between specialists from different disciplines. Paper proposals may therefore fall within the areas mentioned in the following non-exhaustive list:

-          emotions linked to travel plans;

-          emotions linked to departure or return;

-          emotions of separation and reunion;

-          emotions linked to the various stages of the journey;

-          emotions and geographic, cultural or political boundaries;

-          emotions linked to the difficulties of the road;

-          emotions when facing otherness and the unknown; 

-          emotions of discovery;

-          emotions of pilgrims, crusaders, messengers, and ambassadors;

-          emotions linked to exile;

-          emotions experienced during invasions or battles;

-          emotions and imaginary voyages;

-          emotions and spiritual or dreamlike journeys;

-          emotions and itineraries of the soul towards God;

-          mobility, letters and emotions;

-          mobility, emotions and iconography.

Submission of proposals:

Proposals (maximum 300 words) accompanied by title, 5 keywords, and a brief bio-bibliographic presentation (including the host institution) are to be sent to the following addresses:

luminita.diaconu@lls.unibuc.ro

corina.anton@lls.unibuc.ro

Deadline: July 1st 2024.

Acceptance of proposals: Contributors will be notified no later than August 1st 2024. If the proposal is submitted before the deadline, colleagues who need time to obtain funding will be answered sooner after evaluation by the Scientific Committee.

Expected length of presentations: 20 minutes (followed by 10 minutes of Q&A).

Languages: French, English, Spanish, Italian.

Place: University of Bucharest. The conference will take place in a hybrid format. Travel and accommodation costs are in charge of the participants. The selected papers will be published by Editura Universităţii din Bucureşti - Bucharest University Press, class A for Philology, following the evaluation of the texts by the scientific committee.

Participation fee: Academics, researchers: 60 euros (face-to-face participation) / 35 euros (on line participation).

PhD candidates, students pursuing a master’s degree: 30 euros (face-to-face participation) / 25 euros (online participation).

Scientific committee: 

Corina Anton (University of Bucharest)

Christian Brouwer (Université Libre de Bruxelles)

Mianda Cioba (University of Bucharest)

Sébastien Douchet (Université d’Aix-Marseille)

Luminița Diaconu (University of Bucharest)

Ecaterina Lung (University of Bucharest)

Lorenzo Mainini (Università La Sapienza, Roma)

Mihaela Voicu (University of Bucharest)

Barbara Wahlen (Université de Lausanne)

Organizers: 

The conference is organized within CIVIS (Europe’s Civic University Alliance) by the Centre for Medieval Studies of the University of Bucharest in collaboration with Université d’Aix-Marseille, Université Libre de Bruxelles and Université de Lausanne.

Organizing committee: Luminița Diaconu (University of Bucharest), Ecaterina Lung (University of Bucharest), Corina Anton (University of Bucharest), Andra Jugănaru (University of Bucharest), Andrei Mirea (“Nicolae Iorga” Institute of History of the Romanian Academy).

For further details, see:  http://csm.hypotheses.org

 
[1] Jean Verdon, Voyager au Moyen Âge, Paris, Perrin, 1998, p. 15.
[2] Georges Duby, Le Temps des cathédrales, l’art et la société, 980-1420, Paris, Gallimard, 1976, p. 17.
[3] Ibid., p. 138.
[4] See on this topic Aaron Gourevitch, Les Catégories de la culture médiévale, Paris, Gallimard, 1983 [Ière éd. 1972], p. 79.
[5] There is a rich bibliography dedicated to emotions, among which the following works are to be mentioned: Damien Boquet, Piroska Nagy, Lidia Zanetti Domingues (dir.), Histoire des émotions collectives. Épistémologie, émergences, expériences, Paris, Classiques Garnier, 2022; Katie Barclay, “Introduction” to Emotions: History, Culture, Society, Vol. 1, No. 2, 2017, p. 1-9; Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine, Georges Vigarello (dir.), Histoire des émotions, tome I. De l’Antiquité aux Lumières, Seuil, 2016; Damien Boquet, Piroska Nagy, Sensible Moyen Âge. Une histoire des émotions dans l’Occident médiéval, Paris, Seuil, 2015; Barbara Rosenwein, Generations of Feeling: A History of Emotions, 600–1700, Cambridge, Cambridge University Press, 2015; Christian Høgel, Elisabetta Bartoli (eds.), Medieval Letters: Between Fiction and Document, Utrecht Studies in Medieval Literacy 33. Turnhout, Brepols, 2015 ; Damien Boquet, Piroska Nagy (dir.), Le sujet des émotions au Moyen Âge, Paris, Beauchesne, 2009; Simo Knuuttila, Emotions in Ancient and Medieval Philosophy, Oxford, Clarendon Press, 2004.
[6] Damien Boquet, Piroska Nagy, “Introduction” to Sensible Moyen Âge. Une histoire des émotions dans l’Occident médiéval, op. cit., p. 9.